Anne-Hélène Prieur-Richard, directrice Future Earth

FutureEarthLogoAnne-Hélène PRIEUR-RICHARD est directrice du pôle Future Earth à Montréal. Nous l’avons rencontrée dans le cadre de notre partenariat avec l’Université du Québec à Montréal, lors du colloque ACFAS en mai dernier. Elle nous parle des défis que devra relever Future Earth au cours des prochaines années pour propulser notre monde vers le développement durable.

Pourriez-vous nous présenter le rôle de Future Earth ?

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Anne-Hélène PRIEUR-RICHARD, directrice du pôle Future Earth à Montréal

A.-H. P.-R. : Future Earth est un programme international scientifique sur le développement durable. Sa mise en place est une alliance entre des organisations scientifiques, des agences de financement de la recherche et des utilisateurs de connaissances, dont les organisations des Nations Unis. Ces acteurs peuvent, par exemple, être impliqués dans l’environnement, les sciences ou l’organisation météorologique mondiale. Future Earth s’est construit à partir de quatre programmes internationaux de changements globaux, créés entre les années 80 et 90. Ces derniers avaient déjà pour but de fédérer la recherche sur des thématiques telles que la biodiversité, les sciences humaines et sociales ou le changement climatique.

Après vingt ans de recherches collaboratives, nous prenons conscience de deux choses. D’une part, tous les enjeux sociétaux actuels ont besoin de la pluridisciplinarité pour être compris et pour que nous trouvions des solutions. D’autre part, pour accélérer l’utilisation des connaissances par le public, que ce soit les décisionnaires, l’industrie ou la société civile, il faut passer par la transdisciplinarité, c’est-à-dire co-construire et coproduire le savoir. Future Earth avance de cette façon-là. Dans le cadre de la Convention sur la Diversité Biologique et de l’IPBES [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, NDLR] par exemple, j’ai travaillé à l’identification des besoins en recherche avec la communauté scientifique et celle des décisionnaires, par exemple sur des scénarios de biodiversité. Nous sommes maintenant dans une phase de co-construction avec les décisionnaires et souhaiterions engager les populations autochtones dans ce travail de définition des futurs souhaités.

Comment arrive-t-on à co-construire un projet avec cette diversité d’acteurs ?

A.-H. P.-R. : Il faut tout d’abord construire un sentiment de confiance et de compréhension entre les acteurs. Nous devons instaurer un dialogue entre les communautés.

Pour notre part, nous ne finançons pas directement la recherche. Nous sommes un organisme facilitateur, un think tank. Notre objectif est d’identifier des protocoles ou des outils communs. Nous réfléchissons aux besoins qui feront émerger de nouvelles priorités de recherche ou de nouveaux angles et soutenons la mise en place d’appel à projets sur ces priorités.

Comment faites-vous le lien entre les recherches scientifiques sur le développement durable et la mise en place de solutions dans la société ?

A.-H. P.-R. : La première chose c’est de mettre tous les acteurs autour d’une table. Il s’agit d’équilibrer le dialogue entre les disciplines et entre les différents secteurs. Il faut donc s’assurer que le nombre de voix autour de la table est égalitaire. Sinon, il n’y a pas d’échanges…

J’ai fait l’expérience des dialogues entre les chercheurs en sciences humaines et ceux des sciences naturelles ou physiques. Les intérêts des uns ne sont pas ceux des autres. Nous devions justement trouver les questions intéressant les deux communautés pour créer de l’enthousiasme dans le développement du projet. L’idée est la même entre les parties prenantes et les scientifiques. Pour Future Earth, ces réunions sont toujours utiles, mais nous essayons d’amplifier le phénomène. Nous souhaitons développer un open network, c’est-à-dire un réseau où chacun peut venir volontairement pour écouter, informer, participer à une discussion et construire des collaborations et de nouveaux projets de recherche.

Future Earth lance une plateforme virtuelle ?

A.-H. P.-R. : Oui une plateforme virtuelle, pour le moment, en phase de tests. Nous souhaiterions développer des webinars et permettre à chacun de venir porter son projet et chercher des collaborateurs. Nous avons d’ailleurs abordé, ce matin [le 9 mai 2016 au colloque sur l’opérationnalisation du développement durable pour une transition socio-écologique du Congrès de l’ACFAS, NDLR], la question du niveau d’inclusivité d’une plateforme internet. Par exemple : Quelles sont les formes de représentativité de ces outils ? Comment faire la jonction entre les niveaux internationaux et locaux ?

Cet open network se développera-t-il uniquement à un niveau global ?

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www.futureearth.org/

A.-H. P.-R. : Pour l’instant oui, mais cela pourrait aussi être étudié d’une façon plus distribuée. Nous avons des comités régionaux dans plusieurs régions du monde et des structures nationales. Le siège social de Future Earth, par exemple, est distribué entre cinq pays : au Colorado, à Montréal, Stockholm, Paris et Tokyo.

Il y a également des bureaux et des antennes en régions. Notre idée était vraiment de travailler de façon innovante et de construire un système de gouvernance efficace. Nous allons tester un certain nombre d’outils et voir comment ceux-ci pourraient être généralisés.

Comment arrivez-vous à organiser cette méthode de travail ?

A.-H. P.-R. : Nous utilisons des outils virtuels. Beaucoup d’acteurs ne peuvent pas se déplacer. Dans le secteur privé, le temps alloué à ces projets n’est pas le même que celui des chercheurs. S’ils peuvent accorder deux heures à la plateforme virtuelle, ils ne peuvent pas forcément prévoir deux journées pour un workshop. L’ancrage local peut également les aider.

Pourriez-vous nous donner un exemple de partenariat marquant ?

A.-H. P.-R. : Nos partenariats sont le plus souvent internationaux ou régionaux. Nous soutenons certaines initiatives. Ce fut le cas lors de la mise en place de l’IPBES [Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, NDLR]. Notre structure de l’époque, DIVERSITAS [programme de recherche international visant l’intégration des sciences de la biodiversité pour le bien-être humain, NDLR] et la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité ont travaillé main dans la main.

Qui est à l’initiative de cette collaboration ?

A.-H. P.-R. : A l’époque, au sein de la communauté DIVERSITAS, nous parlions beaucoup de l’IPCC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, NDLR]. Nous avions eu une discussion avec les politiques français et la société civile, comme Nicolas Hulot. Le Président Chirac avait alors lancé un appel pour la création d’une plateforme d’évaluation scientifique sur la biodiversité et les services écosystémiques. C’est ainsi que nous l’avons co-construite. Par la suite, la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité a été impliquée dans les discussions internationales. Il existe maintenant une plateforme de contribution française pour l’IPBES. Celle-ci a tout de suite très bien fonctionné. La France a la capacité de soutenir ses experts. Ce qui n’est pas le cas de tous les pays !

Merci à Anne-Hélène Prieur-Richard d’avoir joué le jeu des questions-réponses.

Propos recueillis par Christelle Faieta