Alimentation et santé : les enjeux pour les filières agroalimentaires

Le 25 février 2016 avait lieu à AgroSup Dijon, la conférence « Aliments et santé : quels enjeux pour l’agriculture et l’agroalimentaire ? » organisée par L’Association des diplômés d’AgroSup Dijon. Les équipes du projet ALIMS et du Réseau Transition se sont rendues sur place. Nous vous proposons un compte-rendu des échanges de cette table ronde.

Alimentation et santé

Le 25 février dernier, nous avons assisté à une table ronde introduite par Pascale Hebel, Directrice du Pôle consommation du CREDOC. Autour d’elle, nous retrouvions Agnès Duwer, directrice générale de la coopérative SCARA, Amélie Binard, Animatrice de l’association Bleu Blanc Cœur, Françoise Gorga, directrice Recherche & innovation de l’ANIA et Julie Unzeitig, ‎experte en réglementation nutritionnelle à la DGCCRF. Elles animaient un débat sur la transformation de l’agriculture et ses conséquences.

Les français s’approprient le fait alimentaire

Selon le baromètre ANIA de 2015, réalisé auprès de 1 006 individus, 81% des français estiment qu’une alimentation équilibrée est le meilleur moyen de préserver leur santé. C’est à partir de cette enquête que Pascale Hebel est revenue sur les raisons incitant les français à établir ce lien. Depuis les années 80, de nombreuses crises sanitaires ont mis à mal la confiance des consommateurs envers l’industrie agroalimentaire. La crise économique de 2007 a également conduit à une restriction de la consommation. Ce passé explique le besoin actuel de réappropriation du fait alimentaire par les consommateurs. Ceux-ci recherchent des produits naturels voire même, locaux. Pour autant, la part de plats cuisinés ne s’amoindrit pas. Les français opèrent leur choix selon leurs envies mais également leurs contraintes budgétaires et de temps. Prenant en considération ces attentes et ce contexte, les cinq intervenantes ont exposé une série de recommandations aux professionnels des filières agroalimentaires.

Quatre évolutions stratégiques pour les professionnels de l’agroalimentation

Les français ont été profondément marqués par les scandales sanitaires dont le plus récent est celui de la viande de cheval, médiatisé en 2013. L’ouverture des usines et la transparence des activités forment l’une des premières recommandations pour rétablir un sentiment de confiance.

L’innovation étant au cœur des débats, Agnès Duwer insistait sur la sensibilisation de toutes les filières à la mise en place d’actions à moyen et long termes. Elle s’est appuyée pour cela, sur la stratégie de différenciation opérée par la SCARA dès les années 90. Au centre de cette démarche, nous retrouvons plusieurs mesures telles que la certification de tous les métiers, l’investissement dans des systèmes de réfrigération et la mise en œuvre de capacités de stockage supérieures à la collecte de la coopérative.

Outre ces mesures, les témoignages se sont accordés sur la mise en commun des compétences et le développement du travail coopératif. A cet effet, Françoise Gorga a souligné le manque de lieux de rencontres entre les entreprises, les centres techniques et les instituts de recherche. Pourtant, chacun de ces acteurs possède des compétences indissociables pour accroître l’innovation du secteur tout entier. En identifiant des axes de recherches, l’ANIA, syndicat professionnel de l’industrie agroalimentaire, souhaite créer ces liaisons.

Enfin, Pascale Hebel a rappelé qu’une prise en compte des attentes des consommateurs sera décisive pour le positionnement des entreprises. Les jeunes générations n’ont plus les mêmes modèles d’alimentation. Leur engagement éco-responsable peut avoir un impact sur le choix de leurs achats. Les entreprises ayant eu cette prise de conscience tendent le plus souvent à valoriser la qualité nutritionnelle des matières premières en se démarquant par la même occasion. Amélie Binard, de l’association Bleu Blanc Cœur, a présenté des actions exemplaires en ce sens. Leur démarche a pour objectif d’intégrer des sources végétales d’Oméga 3 dans l’alimentation des animaux. Ainsi, 71% des consommateurs se disent rassurés par la présence du logo de l’association sur les produits qu’ils achètent.

La recherche d’une relation de confiance

Ces interventions nous ont rappelé l’impact des scandales sanitaires sur l’acte d’achat. En 1996, la médiatisation de la crise de la vache folle a provoqué des suspicions chez les consommateurs non avertis des modes de production des aliments d’origines animales. Progressivement, un sentiment d’insécurité et de culpabilité s’est créé. Selon une enquête Comportements et Consommations Alimentaires en France réalisée par le CREDOC, les consommateurs percevraient l’alimentation comme un second facteur de risque, juste après les accidents de la route.

Le secteur tout entier doit maintenant répondre aux attentes des consommateurs de demain et recréer des liens de confiance. Si la traçabilité a pu rassurer la société, ce seul engagement n’est pas suffisant. Les professionnels doivent en prendre conscience et offrir plus de transparence sur leurs systèmes de production.

L'association des diplomés d'AgroSup Dijon anime des débats sur la transformation de l'agriculture et ses conséquences sur les évolutions des métiers et des compétences.

Retrouvez les présentations des intervenants sur le site de l’Association des diplômés d’AgroSup Dijon.