Racisme environnemental, anthropocène, éco-féminisme : les journalistes de Radio Dijon Campus ont vécu la COP 21 de l’intérieur. Interviews, portraits, reportages… Le projet Good cop, Bad cop 21 proposait deux semaines d’émissions en direct de la Conférence pour le climat. Une expérience citoyenne et radiophonique unique. Rencontre avec Martial Ratel, rédacteur en chef de Radio Dijon Campus et Pierre-Olivier Bobo, chargé de communication.

Les journalistes des Radios Campus sur le plateau radio du CentQuatre.
© Radio Dijon Campus

 

Vous étiez au CentQuatre du 7 au 12 décembre pour animer les émissions de Good cop, Bad cop21. C’était comment ?

M.R. et P.-O.B. : Avec les équipes de Radio Campus France, Radio Campus Paris et Radio Grenouille on préparait cette immersion depuis plus d’un an. Ça a donné lieu à des plateaux radios en direct, pendant les deux semaines de la COP21. On a complété nos interviews par des articles exclusifs sur le site de Good cop, Bad cop 21.

Pourquoi avoir décidé de prendre part à l’aventure Good cop, Bad cop 21?

M.R. et P.-O.B. : On a voulu unir les pratiques des radios locales pour offrir un temps fort à nos auditeurs. Le choix de la COP21 était une évidence. Cet événement réunit tous les contenus privilégiés par nos radios : société, politique, culture, etc… Croiser nos identités et nos expériences avec celles de nos collègues journalistes est professionnellement enrichissant. Chaque radio a apporté son identité, contribuant ainsi à un format original.

Et puis les élections régionales ont restreint la portée médiatique de la COP21. Good cop, Bad cop 21 a permis de rendre compte des débats pendant que la plupart des autres médias se sont concentrés sur les échéances politiques.

Quelle était l’ambiance aux studios ?

M.R. et P.-O.B. : Le CentQuatre, espace culturel et artistique, était investi par la ZAC, la Zone Action Climat. Les bénévoles ont mis à notre disposition un Media Center. On vivait au rythme des expositions, des pièces de théâtre, des conférences et des assemblées générales. Une ambiance festive et détendue !

Qu’avez-vous avez appris pendant cette semaine d’immersion ? Vous avez découvert l’anthropocène. C’est quoi l’idée ?

M.R. et P.-O.B. : En effet, on a découvert de nombreux concepts. Par exemple, l’anthropocène, période actuelle qu’on peut définir comme « l’ère de la pollution par l’Homme ».

On a aussi apprécié les émissions Ecran large où on a découvert des lieux français où s’exercent des pratiques écologiques. De notre côté, on a présenté l’action militante du quartier des Lentillères à Dijon.

M.R. : L’émergence de l’éco-féminisme m’a particulièrement marqué. Par exemple, j’ai rencontré une femme semencière qui venait d’Afrique.

P.-O.B. : En invitant Razmig Keucheyan [n.d.a : sociologue et Maître de conférences à l’Université Paris Sorbonne 4], on a abordé le racisme environnemental. Cette notion est apparue au États-Unis dans les années 70. A cette période, la population afro-américaine est établie dans des zones d’habitations moins saines que la moyenne. Cette forme de racisme peut aujourd’hui s’étendre à l’échelle de la planète.

Votre meilleur souvenir d’interview ?

P.-O.B. : La question du racisme environnemental reste pour moi le sujet le plus marquant de cette semaine. On a rencontré Jade Bigay, militante amérindienne, venue défendre la parole des peuples autochtones. Alors qu’on ne pense pas à eux immédiatement quand on pense aux changements climatiques.

M.R. : Valérie Cabanes [n.d.a : juriste en Droit International et porte-parole de l’initiative End Ecocide in Europe] est venue nous parler de justice environnementale et plus précisément d’écocide. Le plus surprenant est que les victimes de préjudices écologiques n’obtiennent toujours pas de réparations suffisantes. L’Accord de Paris, adopté lors de la COP 21, est un début de mise en œuvre. L’interview de Cindy Wiesner [n.d.a : Coordinatrice nationale de la Grassroots Global Justice Alliance et Co-présidente de la Climate Justice Alliance (CJA)] témoigne de l’état d’urgence.

Quel serait votre bilan de ce qui a été dit ou entendu dans vos studios ?

M.R. et P.-O.B. : Good cop, Bad cop 21 a le mérite de rendre intelligible des notions scientifiques, politiques et sociales. Les émissions donnent la parole à des représentants de communautés mises à l’écart. Pour autant, quel recul aurons-nous sur les Accords de Paris ? Comment l’action collective fera-t-elle avancer les choses ?

D’après vous, que faudrait-il pour sensibiliser encore plus les citoyens ?

M.R. et P.-O.B. : On a tous besoin de concret pour réagir. Il serait salutaire de mettre en avant les catastrophes climatiques, de s’y confronter au quotidien. La sensibilisation passe aussi par l’école. Enfin, les changements climatiques sont noyés dans un flux continu d’informations non hiérarchisées. En nous associant aux Radios Campus nationales, on a tenté de relayer cette alerte.

 

Retrouvez les émissions de Good cop, Bad cop 21 sur son site.

Merci aux journalistes de Radio Dijon Campus d’avoir joué le jeu des questions-réponses

 

Propos recueillis par Mylène Martin.